Jean-Paul Huchon "VRP" de Villages nature ?

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Après la publication par l'hebdomaire La Marne d'un article de compte-rendu de la visite de Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France et alors candidat tête de liste aux élections régionales, au Val-d'Europe, dans lequel il affirmait un total soutien au projet Villages nature, je lui ai fait parvenir le courrier ci-dessous. Les liens inclus ici dans le corps du texte ne font, évidemment, pas partie du courrier envoyé. C'est la magie de l'hyper-texte que de pouvoir ainsi enrichir un texte avec les éléments d'environnement qui en élargissent le contenu.

Lettre à Jean-Paul Huchon

Saint-Germain-sur-Morin, le 12 mars 2010 Monsieur le président, Le journal La Marne, hebdomadaire local du nord de la Seine-et-Marne, a publié dans son édition du mercredi 3 mars un article intitulé « J-P Huchon, VRP des « Villages nature » Disney ». Cet article fait état du soutien que vous apportez personnellement à ce projet et vous cite ainsi : « Les Villages natures verront le jour, c'est un projet audacieux et la région en a besoin ». Depuis juin 2007, la Région Île-de-France a engagé sur ce territoire une réflexion sur l'éventuelle création d'un Parc naturel régional. L'ensemble du périmètre d'étude du parc est concerné par le projet Villages nature qui devrait s'installer sur au moins deux des communes du territoire pressenti pour le PNR. Aussi bien au sein des commissions restreintes qui se sont réunies dans le cadre de ce projet de PNR, que lors des commissions élargies ou encore lors des réunions de rendu, la question des Villages nature a été évoquée. Le maire de Villeneuve-le-Comte a même produit une « contribution générale », publiée sur le site du projet de PNR et de l'association des élus, défendant l'idée que les communes qui accueilleraient le projet de Villages nature sont également légitimes à être partie prenante du PNR. Dans le cadre de cette réflexion sur la création d'un PNR, le projet de Villages nature pose question et l'on sent, dans les différents débats, une approche largement partagée tendant à exclure du périmètre du parc les villages concernés par le projet de Pierre et Vacances, tout autant qu'à exclure les trois communes de la ville nouvelle qui sont actuellement incluses dans le périmètre d'étude. Ces questions ne sont cependant pas encore tranchées. Parallèlement, la gouvernance même du projet peut être interrogée : le comité de pilotage, auquel participe la Région, a en effet décidé de conduire une réflexion entre « experts », excluant un large débat public. Lors de la réunion plénière du 21 décembre dernier, le vice-président de la Région, justifiait cette procédure en indiquant que les débats participatifs étaient peu efficaces. Alors même que certains citoyens ainsi que des associations locales, militent pour une gouvernance participative de ce projet de Parc naturel régional, très ouverte et associant les habitants, le compte-rendu fait par le journal La Marne laisse penser que les décisions sont déjà prises et que l'opinion locale n'a pas à être sollicitée et prise en compte. Ce territoire concentre les revenus parmi les plus bas de l'Île-de-France, des taux d'échec scolaire parmi les plus importants, les taux d'accès aux études supérieures parmi plus faibles et les études supérieures les plus courtes pour ceux qui y parviennent. Le taux d'emploi est très faible dans le territoire du PNR et les temps de transports y sont longs dans des conditions difficiles : peu ou pas de dessertes en transports en commun, obligation d'utiliser sa voiture sur des équipements routiers qui n'ont pas été dimensionnés pour accueillir l'accroissement de population, qui sont rendus de moins en moins aisés par des équipements urbains de réduction de la vitesse, voire par des stratégies locales de sécurité routière tendant à interdire la traversée des bourgs à ceux qui se déplacent pour aller travailler. Après la désindustrialisation de la fin des années 70, des années 80 et du début des années 90, dont l'ampleur extrêmement importante sur le nord de la Seine-et-Marne (industrie métallurgique avec MTI-ITT, Korès, Logabax, les succursales et filiales de Poclain..., chimique avec KRP, Recticel..., textile avec Verdier, céramique avec Villeroy et Boch, agro-alimentaire avec les sucreries et tant d'autres), a, dès le départ, a été masquée par la croissance du nombre d'emplois à Marne-la-Vallée (principalement emploi déplacés, y compris depuis Meaux comme pour l'Union commerciale après la création du péage de Coutevroult sur l'A4, et non, dans les années 70 et 80, emplois créés et bénéficiant à la population locale), les habitants ont dû se contraindre à chercher du travail de plus en plus loin et de plus en plus difficilement. Nous ne connaissons pas l'impact, sur le niveau de vie des habitants de ce secteur, de l'industrie des loisirs qui s'est développée en ville nouvelle à partir des années 90. Nous constatons seulement, dans les mairies, l'accroissement des situations difficiles. L'Iaurif mesure la paupérisation de notre secteur, paupérisation qui a également été signalée dans les diagnostics de territoire faits pour le projet de PNR. Nous connaissons ces emplois précaires et à temps partiel, en grand nombre, qui accompagnent les centres commerciaux et les emplois périphériques des activités de loisirs. Nous ne connaissons pas, mais peut-être n'avons-nous pas eu accès aux bons documents, la typologie des emplois qui nous sont promis avec Villages nature, compris entre 4 500 et 9 000 selon les auteurs, ni son rôle dans la dynamisation du territoire, entre autres par la constitution de filières courtes d'approvisionnement. Nous sommes un certain nombre à penser que le projet de PNR était une occasion unique de mettre en mouvement l'énergie et l'intelligence collectives pour créer de nouvelles conditions de développement. Il aurait fallu pour cela que ce projet soit géré de manière ouverte dès son démarrage, en associant largement les acteurs locaux et les habitants, et non de manière restreinte, comme c'est le cas actuellement. « Inventer une autre vie ici » - comme le suggère le slogan des parcs - de manière vivante et très volontairement participative, et non de manière technocratique comme on élaborerait un plan local d'urbanisme ou un Scot. Déjà, on constate que ce territoire fait preuve depuis quelques années d'énergie et de créativité prometteuses. Que ce soient des initiatives extérieure liées à la culture ou des initiatives intérieures liées à l'environnement, au tourisme, à l'urbanisme, le territoire fourmille de projets. La Région, en collaboration avec le département de Seine-et-Marne, a d'ailleurs identifié cette énergie et cette créativité et a voulu les accompagner et les organiser, dans le domaine du tourisme, par la création d'un pôle, le pôle Marne – Ourcq – Morins. Le département de Seine-et-Marne a, pour sa part, défini une stratégie d'activité touristique avec une forte volonté de développement des territoires, par un « tourisme durable » qui irrigue nos richesses patrimoniales, naturelles et paysagères et il a posé, en janvier dernier, des conditions restrictives à l'accompagnement du projet Villages nature. Tout en prenant en compte ce projet, l'étude stratégique faite par le pôle Marne-Ourcq-Morins en 2006-2007 identifie, page 26, les « enjeux » pour le territoire, qui sont autant de questionnements :

  • « Eviter que Villages Nature « asphyxie » d’autres projets
  • Obtenir les garanties d’une réelle ouverture de Village Nature sur le territoire environnant et non un fonctionnement comme le Parc Disneyland Resort Paris en « monde clos »
  • Intégrer l’offre touristique du pôle dans les sorties faites par les touristes hors de Villages Nature (la durée de séjour visée -1 semaine- impliquant des visites hors de Villages Nature)
  • Prévenir le risque de « pastiche » d’un monde rural et de villages traditionnels briards alors que ceux-ci existent à quelques km aux alentours et cherchent à s’ouvrir au tourisme
  • Prendre au mot l’écologie du projet et inciter Pierre et Vacances à travailler avec les espaces verts, les forêts… et les paysans environnants
  • Travailler sur des packages utilisant les transports en commun car le projet représente un afflux important de touristes, venus dans leur majorité en voiture individuelle (cible du projet : les familles). Les sorties qu’effectueront les touristes hors de Villages Nature induiront une augmentation de la circulation . »

Toutes ces questions restent d'actualité, la première prend d'ailleurs un relief particulier au vu des objectifs qui ont été fixés au pôle (faire du territoire une destination plutôt qu'un lieu de passage) et de la stratégie de tourisme durable du département. Elles impliquent un travail partenarial très important pour accompagner l'initiative individuelle ainsi que celle des collectivités, susciter des initiatives nouvelles, favoriser la création d'offres et de réseaux de coopération et d'accueil mais aussi l'investissement public, dont celui de l'État, afin de mettre en place les services indispensables aux habitants (santé, déplacements, logement, accès à la formation initiale et continue) et, pour certains, nécessaires aux visiteurs. À première vue, peu de documents étant par ailleurs disponibles pour les habitants afin de s'en informer complètement, un projet tel que Villages nature semble antinomique avec la stratégie régionale et départementale de développement du territoire du pôle Marne-Ourcq-Morins. Je suis persuadé que, si vous soutenez la création de ce projet, les questions soulevées dans l'étude stratégique du pôle ont reçu une réponse satisfaisante et le projet Villages nature, au lieu « d'asphyxier » les autres projets (on pense aux bases de loisirs, à l'Aérosphalte, à la mémoire meulière, au Grand Voyeux, à Tourisme et Terroir des deux Morins, à l'offre gastronomique et aux produits du terroir, au patrimoine mérovingien, à la vallée des peintres, au patrimoine industriel..., sans vouloir être exhaustif) pourrait plutôt dynamiser l'initiative des acteurs du territoire. D'autres questions, qui ne sont pas soulevées par l'étude stratégique du pôle, se posent également. Elles sont liées à l'aménagement du territoire et aux infrastructures. Nos routes – et autoroute – ainsi que le RER A, sont saturés. Chaque année les temps de déplacements se rallongent. Le faible renouvellement du parc de logements n'offre pas, à un grand nombre de jeunes nés ici, d'envisager d'y vivre, soit parce que l'offre reste insuffisante, soit parce que la quantité insuffisante de logements produit des prix d'acquisition et des prix de loyer qui ne leur sont pas accessibles. La création de plusieurs milliers d'emplois, même si l'emploi apparaît comme un combat de premier plan, accentuera encore à la fois les problèmes de logement et les problèmes de circulation. Celle-ci sera, en outre, fortement impactée par les milliers de déplacements quotidiens supplémentaires générés par la nouvelle activité. La création des infrastructures en amont, ou en accompagnement, du développement économique est centrale. Nous avons malheureusement été habitués, par le passé, à accueillir des populations sans bénéficier des infrastructures d'accompagnement. Désormais, cela est vrai aussi pour les finances de nos collectivités, puisque le lissage des dotations de l'État, initialement destinées à ne pas réduire trop brutalement les finances des communes qui perdent des habitants, pénalisent fortement celles qui en gagnent et qui doivent assumer des charges nouvelles sans être accompagnées par les ressources correspondantes. Je serais heureux que vous nous fassiez connaître les raisons de votre soutien au projet Villages nature – soutien que le journal La Marne présente si entier qu'elle vous assimile à un VRP - et, tout particulièrement, si les questions posées par l'étude stratégique du pôle Marne – Ourcq et Morins ainsi que celles liées aux infrastructures d'accompagnement ont reçu des réponses. Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes salutations distinguées. José BRITO
Forum citoyen sur le projet de Parc naturel régional de la Brie des Morins
http://www.forum-pnr.net

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